Présentation

Semic est une maison d’édition française de bande dessinée active de 1989 à 2005, principalement connue pour son rôle dans la publication de comics américains en France.

Son histoire est directement liée aux Éditions Lug, maison lyonnaise fondée en 1950 par Marcel Navarro et Auguste Vistel. Lorsque Marcel Navarro prend sa retraite en 1989, les activités de Lug sont reprises par le groupe scandinave Semic et poursuivies sous le nom Semic France.

Cette continuité permet à l’éditeur de reprendre plusieurs publications devenues historiques pour les lecteurs français, parmi lesquelles Strange, Titans, Nova, Spécial Strange ou encore différentes revues consacrées aux héros Marvel.

La perte de la licence Marvel Comics à la fin de 1996 bouleverse cependant profondément son catalogue. À partir de 1997, les comics Marvel passent chez Panini à travers Marvel France. Semic se tourne alors davantage vers d’autres éditeurs américains, notamment DC Comics, Image Comics, WildStorm, Top Cow Productions, Dark Horse et plus tard CrossGen.

Le catalogue accueille ainsi des séries comme Batman, Superman, JLA, Spawn, Gen13, WildC.A.T.s, Cyberforce, Witchblade, The Darkness, Authority ou encore Powers, tout en maintenant une partie de l’héritage éditorial de Lug.

Au tournant des années 2000, Semic développe également davantage la librairie avec des collections comme Semic Books, Semic Album, Semic Noir, Semic Deluxe ou Semic Archives et tente de relancer plusieurs personnages français historiques issus de Lug.

L’accumulation de pertes de licences et l’arrêt de plusieurs lignes éditoriales fragilisent cependant progressivement l’entreprise. Semic cesse son activité éditoriale en 2005.

Histoire

1989 — De Lug à Semic France

En 1989, Marcel Navarro quitte les Éditions Lug après plusieurs décennies consacrées à la bande dessinée populaire et aux comics.

Les activités de la maison lyonnaise sont reprises par le groupe scandinave Semic, qui poursuit les publications françaises sous le nom Semic France.

La transition est particulièrement importante pour le marché français des comics. Lug avait joué depuis la fin des années 1960 un rôle majeur dans l’introduction des personnages Marvel en France, notamment à travers Fantask, Marvel, Strange, Titans, Nova, Spidey et Spécial Strange.

Semic hérite donc non seulement de titres existants, mais aussi d’un lectorat habitué à une manière très française d’éditer les comics américains : plusieurs séries regroupées dans des revues périodiques, adaptations de format et traduction régulière des grandes sagas américaines.

Durant les premières années, cette continuité avec Lug reste particulièrement visible.

Les années 1990 — L’héritage Marvel

Pendant une grande partie des années 1990, Semic poursuit la publication française de nombreux personnages de Marvel Comics.

Les X-Men, Spider-Man, Wolverine, Hulk, Thor, Daredevil, Avengers ou Fantastic Four continuent ainsi d’alimenter différentes revues et collections.

Le catalogue de BDbase conserve cette forte empreinte avec des publications comme Strange, Titans, Nova, Spécial Strange, Serval-Wolverine, Récits Complets Marvel, X-Men, Thor, Hulk ou encore Daredevil.

Semic prolonge ainsi directement l’histoire éditoriale construite par Lug tout en faisant évoluer progressivement ses propres collections.

1996-1997 — La perte de Marvel change la donne

À la fin de 1996, Semic perd les droits français de publication de Marvel Comics.

Le choc est considérable, car Marvel représente une part essentielle de l’identité héritée de Lug. La publication de plusieurs titres historiques s’interrompt, dont Strange dans sa formule consacrée aux personnages Marvel.

À partir de 1997, Panini reprend l’édition française de Marvel à travers le label Marvel France.

Semic doit donc reconstruire rapidement une partie de son offre autour d’autres catalogues américains.

La maison développe davantage ses publications DC Comics et se tourne vers les nouveaux acteurs du comics américain des années 1990, notamment Image Comics et les studios qui lui sont associés.

Une nouvelle génération de comics américains

La seconde moitié des années 1990 donne ainsi une nouvelle physionomie au catalogue Semic.

Des séries comme Gen13, WildC.A.T.s, Cyberforce ou Spawn prennent une place importante aux côtés des personnages de DC.

Les productions de Top Cow, parmi lesquelles Witchblade, permettent également à l’éditeur de suivre le renouvellement spectaculaire du marché américain des comics durant cette décennie.

Cette diversification se poursuit ensuite avec WildStorm, Dark Horse, CrossGen et différents éditeurs ou labels indépendants.

Semic passe ainsi progressivement du statut d’éditeur français très fortement associé à Marvel à celui d’un diffuseur plus généraliste de comics américains.

1998-1999 — Le Groupe Tournon reprend Semic

À la fin des années 1990, une nouvelle transformation intervient.

Les activités françaises passent sous le contrôle du Groupe Tournon, qui met en place Semic S.A.. La structure juridique française correspondante est créée en 1998.

En 1999, la rédaction quitte Lyon pour s’installer à Paris, marquant symboliquement une rupture supplémentaire avec l’époque historique de Lug.

L’équipe éditoriale évolue également, notamment avec l’arrivée de Thierry Mornet à la rédaction en chef.

Cette période ouvre une nouvelle phase durant laquelle Semic cherche à moderniser ses publications et à renforcer sa présence en librairie.

2000 — Semic Books et le développement de la librairie

À partir de 2000, Semic développe notamment la collection Semic Books.

Cette ligne permet de proposer des comics dans des formats davantage pensés pour les librairies, parallèlement aux publications périodiques traditionnellement vendues en kiosque.

Batman, Superman, JLA, Authority, Green Arrow, Spawn ou Sam & Twitch font partie des univers publiés dans ces nouvelles gammes.

D’autres collections apparaissent ou prennent de l’importance : Semic Album, Semic Noir, Semic Deluxe, Semic Archives, Semic Digest ou encore Privilège.

Cette diversification rapproche Semic d’un modèle d’édition de comics qui deviendra progressivement dominant en France : davantage d’albums et de volumes de librairie, sans abandonner immédiatement les revues périodiques.

Le retour des héros de Lug et le SemicVerse

Semic tente également de renouer avec une autre partie de son héritage : les personnages originaux créés autrefois pour Lug.

Sous l’impulsion de plusieurs auteurs, dont Jean-Marc Lofficier, des personnages historiques sont modernisés et de nouvelles histoires sont produites.

Ces séries sont progressivement pensées comme appartenant à un univers partagé parfois surnommé le SemicVerse.

L’objectif consiste à faire revivre une tradition de création française qui avait longtemps coexisté chez Lug avec les traductions de comics américains.

L’expérience reste cependant limitée dans le temps et plusieurs auteurs récupèrent ensuite les droits sur leurs créations, qui poursuivront leur existence en dehors de Semic.

2003 — La fin des pockets Bonelli

Semic conserve également une autre tradition héritée de Lug : la publication de bandes dessinées italiennes de Sergio Bonelli Editore sous forme de petits formats.

Cette relation historique permet notamment de maintenir en France une partie de la culture des « pockets » qui avait constitué un pilier de Lug.

En 2003, la collaboration avec Bonelli prend fin.

La disparition de ces titres entraîne l’arrêt d’une partie importante des publications populaires héritées de l’ancienne maison lyonnaise et réduit encore le périmètre éditorial de Semic.

2004-2005 — Perte des dernières grandes licences et fermeture

À la fin de 2004, Thierry Mornet quitte Semic et la direction de l’activité comics évolue.

Dans le même temps, l’accord permettant à Semic de publier les principales séries DC Comics n’est pas renouvelé.

Les dernières publications DC paraissent au début de 2005. Panini récupérera ensuite le catalogue français de DC avant qu’il ne change à nouveau d’éditeur quelques années plus tard.

Après Marvel, Bonelli puis DC, Semic a perdu plusieurs des catalogues qui structuraient son activité.

En 2005, le Groupe Tournon met fin à la société Semic. L’activité éditoriale cesse et la structure est radiée la même année.

Le nom, en revanche, ne disparaît pas totalement : il reste lié au Groupe Tournon et sera réutilisé à partir de 2011 par Semic Distribution, une société consacrée à la distribution de produits dérivés et qui ne constitue pas la continuation de l’ancienne maison d’édition.

Ce qui la distingue

Le lien direct entre Lug et une nouvelle génération de lecteurs

Semic occupe une place particulière parce qu’il constitue le principal successeur éditorial de Lug.

Pendant plusieurs années, les lecteurs retrouvent sous son nom des revues, des personnages et des habitudes de publication directement issus de la maison lyonnaise.

Cette continuité fait de Semic un pont entre l’âge historique de Strange et la transformation du marché français des comics à partir des années 1990.

Un catalogue qui accompagne la transformation des comics américains

Semic traverse une période de profond changement de l’industrie américaine.

Après avoir largement publié Marvel, la maison accompagne l’essor de nouveaux éditeurs et studios comme Image, WildStorm et Top Cow.

Spawn, Gen13, WildC.A.T.s, Cyberforce ou Witchblade symbolisent cette nouvelle génération, caractérisée par l’émergence de créateurs et de univers concurrençant les deux grands éditeurs historiques.

Le catalogue Semic permet ainsi de suivre en France une partie importante de la mutation du comics américain des années 1990.

Du kiosque vers la librairie

L’histoire de Semic illustre également la transformation des modes de diffusion du comics en France.

La maison hérite d’une culture très forte du kiosque et des périodiques, mais développe progressivement des collections davantage conçues pour la librairie.

Les gammes Semic Books, Semic Album, Semic Noir, Semic Deluxe ou Privilège témoignent de cette évolution.

Ce changement préfigure en partie le marché français contemporain du comics, aujourd’hui largement structuré autour de volumes reliés et de collections de librairie.

Un éditeur entre traductions et créations originales

Semic ne se contente pas d’importer des séries américaines.

En renouant au début des années 2000 avec plusieurs personnages historiques de Lug, la maison tente également de produire de nouvelles bandes dessinées originales et de bâtir un univers partagé.

Cette particularité rappelle que l’histoire de Lug et Semic ne repose pas uniquement sur Marvel ou DC : elle comprend aussi toute une tradition française de personnages de genre et de bande dessinée populaire.

Une histoire marquée par les licences

Semic illustre enfin la fragilité particulière d’un éditeur spécialisé dans des œuvres dont les droits appartiennent à d’autres sociétés.

La perte de Marvel, puis l'arrêt des publications Bonelli et enfin la perte de DC Comics réduisent successivement son catalogue.

Ces changements montrent à quel point l’équilibre d’un éditeur de comics sous licence peut dépendre de décisions prises par les détenteurs internationaux des droits.

À savoir

  • Semic France apparaît en 1989 lorsque le groupe scandinave Semic reprend les activités des Éditions Lug.
  • La maison poursuit de nombreuses publications historiques de Lug, notamment Strange, Titans, Nova et Spécial Strange.
  • Pendant les années 1990, Semic reste un éditeur majeur des comics Marvel en France.
  • Semic perd la licence Marvel à la fin de 1996 ; Marvel France/Panini prend le relais en 1997.
  • L’éditeur se tourne ensuite davantage vers DC Comics, Image Comics, WildStorm, Top Cow, Dark Horse et CrossGen.
  • Spawn, Gen13, WildC.A.T.s, Cyberforce, Witchblade, Batman, Superman et JLA font partie des nombreuses séries associées à son catalogue.
  • Le Groupe Tournon reprend les activités françaises à la fin des années 1990 et la rédaction quitte Lyon pour Paris en 1999.
  • À partir de 2000, Semic développe notamment les collections Semic Books, Semic Album, Semic Noir, Semic Deluxe et Semic Archives.
  • La maison tente également de relancer plusieurs personnages historiques de Lug au sein de ce qui sera surnommé le SemicVerse.
  • La collaboration avec l’éditeur italien Bonelli prend fin en 2003.
  • Semic perd ensuite l’essentiel de son catalogue DC Comics au début de 2005.
  • Semic cesse son activité éditoriale en 2005 et la société est radiée la même année.
  • Le nom est réutilisé depuis 2011 par Semic Distribution, société de distribution de produits dérivés distincte de l’ancienne maison d’édition.