Présentation

Casterman est une maison d’édition belge dont l’histoire commence à Tournai à la fin du XVIIIe siècle.

Peu d’éditeurs européens encore actifs peuvent revendiquer une continuité aussi longue.

Son origine remonte à Donat Casterman, qui obtient en 1777 l’autorisation d’ouvrir une librairie à Tournai. La date de 1780 est traditionnellement retenue pour l’établissement de l’activité Casterman comme maison d’édition et imprimerie, avant qu’une succession de générations de la famille ne développe l’entreprise pendant près de deux siècles.

La bande dessinée, qui définit aujourd’hui une grande partie de son identité publique, n’arrive pourtant que beaucoup plus tard.

Casterman publie d’abord des ouvrages religieux, scolaires et destinés à la jeunesse. La maison développe parallèlement une importante activité d’imprimerie et étend progressivement sa présence au-delà de la Belgique.

Le tournant décisif intervient dans les années 1930 avec Hergé.

À partir de 1934, Casterman devient l’éditeur en albums des Aventures de Tintin, à commencer dans cette nouvelle relation éditoriale par Les Cigares du Pharaon.

La collaboration transforme profondément la maison.

Les albums de Tintin connaissent une diffusion internationale et Casterman accompagne également leur évolution matérielle. À partir des années 1940, les aventures précédemment publiées sont retravaillées pour adopter progressivement la couleur et le format d’album qui deviendra l’un des standards de la bande dessinée franco-belge.

Tintin reste aujourd’hui l’une des œuvres emblématiques du catalogue Casterman.

Mais réduire la maison au personnage d’Hergé ferait disparaître une grande partie de son histoire.

Casterman construit progressivement un catalogue où se croisent bande dessinée d’aventure, jeunesse, bande dessinée adulte, roman graphique et manga.

L’environnement de Jacques Martin y occupe une place importante avec Alix et Lefranc, tandis que la jeunesse trouve l’une de ses grandes icônes avec Martine, créée en 1954 par Gilbert Delahaye et Marcel Marlier.

Dans les années 1970, la maison opère un nouveau changement majeur.

Elle développe une bande dessinée destinée plus directement aux adultes et accueille des auteurs capables de sortir du format traditionnel de la série jeunesse.

Hugo Pratt et Corto Maltese prennent une place centrale.

Jacques Tardi publie notamment Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec à partir de 1976.

Puis, en 1978, Casterman lance la revue (À suivre) sous la direction de Jean-Paul Mougin.

Le magazine devient l’un des grands lieux de renouvellement de la bande dessinée francophone.

Hugo Pratt, Jacques Tardi, Didier Comès, François Schuiten, Benoît Peeters, François Boucq, Benoît Sokal, José Muñoz, Carlos Sampayo et de nombreux autres auteurs y développent des récits qui s’éloignent du modèle traditionnel de l’album d’aventure.

Cette période participe fortement à la reconnaissance d’une bande dessinée pensée comme forme narrative adulte et proche du roman.

Dans cet environnement apparaissent notamment des œuvres comme Les Cités obscures de François Schuiten et Benoît Peeters, dont le premier album, Les Murailles de Samaris, paraît en 1983.

Casterman continue parallèlement à construire son activité jeunesse.

Martine devient un phénomène international.

Ernest et Célestine, créés par Gabrielle Vincent dans les années 1980, développent un autre rapport au livre illustré, beaucoup plus intimiste et fondé sur l’aquarelle.

Le catalogue accueille également au fil des décennies de nombreux albums illustrés, premières lectures, documentaires et séries destinées à différents âges.

À partir des années 1990 et 2000, Casterman s’intéresse aussi plus directement à la bande dessinée japonaise.

La maison publie plusieurs œuvres de Jirô Taniguchi, dont L’Homme qui marche puis Quartier lointain, publié en français en 2002 dans la collection Écritures.

En 2004, elle structure davantage cette activité en lançant Sakka, collection consacrée au manga et initialement particulièrement orientée vers des œuvres d’auteur et des récits destinés à un lectorat adulte.

Le catalogue s’élargit depuis à différentes sensibilités du manga tout en conservant cette présence d’œuvres moins standardisées.

L’histoire capitalistique de Casterman évolue également.

Après plus de deux siècles liés à la famille fondatrice, les activités d’édition et d’imprimerie sont séparées à la fin des années 1990.

En 1999, l’activité éditoriale Casterman est acquise par Flammarion.

En 2012, le groupe Gallimard rachète à son tour le groupe Flammarion, opération qui fait entrer Casterman dans l’ensemble qui constitue aujourd’hui Madrigall.

Casterman reste cependant une maison clairement identifiée.

Le groupe Madrigall la présente séparément de Gallimard, Flammarion, J’ai Lu, Sarbacane et de ses autres maisons.

Cette distinction est essentielle pour PANACHES CULTURE : une œuvre publiée par Flammarion ou Gallimard n’est pas une publication Casterman simplement parce que les maisons appartiennent au même groupe.

Casterman demeure par ailleurs une entité belge, avec une société et un siège à Bruxelles, même si une partie importante de ses activités éditoriales et commerciales est également organisée en France.

Son catalogue récent continue de faire coexister patrimoine et création.

Les œuvres de Tintin, Corto Maltese, Alix, Adèle Blanc-Sec ou Les Cités obscures restent disponibles, parfois dans plusieurs éditions ou sous de nouveaux prolongements, tandis que la maison publie de nouvelles bandes dessinées, de nouveaux auteurs, des mangas et un vaste catalogue jeunesse.

Cette continuité constitue finalement l’une des caractéristiques essentielles de Casterman : une maison née avant la bande dessinée moderne, devenue l’un de ses éditeurs historiques, puis capable de traverser successivement l’album jeunesse, la BD franco-belge, la bande dessinée adulte, le roman graphique et le manga sans abandonner ses fonds historiques.

Histoire

1777-1780 : Donat Casterman s’installe à Tournai

Les origines de Casterman précèdent de plus d’un siècle la naissance de la bande dessinée moderne.

En 1777, Donat Casterman obtient l’autorisation d’ouvrir une librairie à Tournai.

L’activité se développe rapidement.

Donat Casterman devient libraire, relieur, imprimeur puis éditeur.

La tradition de la maison retient 1780 comme date de fondation de l’entreprise Casterman.

Cette différence explique les deux dates que l’on retrouve dans les sources historiques : 1777 correspond à l’ouverture de la librairie, tandis que 1780 marque l’installation de l’activité qui donnera naissance à la maison d’édition et à l’imprimerie.

Pour PANACHES CULTURE, qui référence ici la maison d’édition, 1780 constitue donc le repère retenu.

Le XIXe siècle : une maison familiale d’édition et d’imprimerie

L’entreprise se transmet ensuite au sein de la famille Casterman.

Au cours du XIXe siècle, elle développe simultanément édition, impression, reliure et commercialisation du livre.

Le catalogue est alors très éloigné de celui que l’on associera plus tard à Tintin ou Corto Maltese.

Les ouvrages religieux, scolaires, éducatifs et destinés à la jeunesse occupent une place importante.

Casterman profite aussi de la position de Tournai, située dans un espace où circulent naturellement les productions belges et françaises.

À partir du milieu du XIXe siècle, la maison développe également une implantation à Paris.

Cette double présence facilite progressivement son accès au marché français tout en maintenant ses racines industrielles et familiales à Tournai.

Pendant plus d’un siècle, Casterman est ainsi autant une entreprise du livre qu’un éditeur au sens contemporain du terme.

1934 : Tintin transforme l’histoire de Casterman

Le changement décisif intervient avec Hergé.

Les aventures de Tintin sont d’abord publiées dans Le Petit Vingtième, supplément jeunesse du journal belge Le Vingtième Siècle.

En 1934, Casterman prend en charge la publication en album des aventures du personnage à partir de Les Cigares du Pharaon.

Cette collaboration change l’échelle de la maison.

Tintin n’est plus seulement un personnage publié dans la presse belge.

L’album devient progressivement le support durable de ses aventures et facilite leur circulation dans différents pays.

Casterman accompagne cette évolution tout au long de la carrière d’Hergé.

Les années 1940 : couleur et standardisation de l’album

À partir de 1942, une partie des premiers albums de Tintin est retravaillée.

Les aventures initialement publiées en noir et blanc et sous des formes plus longues sont progressivement adaptées au format couleur.

Cette transformation contribue à fixer un modèle devenu extrêmement influent dans l’édition franco-belge : l’album cartonné en couleur d’une soixantaine de pages.

Le travail ne se limite pas à coloriser les anciennes planches.

Hergé redessine, condense et réorganise certaines histoires.

Casterman devient ainsi directement associé à la constitution de l’édition classique de Tintin telle qu’elle sera diffusée pendant des décennies.

Le succès international de la série donne à la maison une visibilité qu’aucune de ses productions antérieures ne possédait.

Développer un véritable catalogue de bande dessinée

Tintin ouvre la voie à d’autres séries d’aventure.

Casterman développe progressivement autour de la bande dessinée un catalogue beaucoup plus large.

Jacques Martin, qui travaille également dans l’environnement du Journal de Tintin, devient l’un des auteurs majeurs associés à la maison.

Alix développe de grandes aventures situées dans l’Antiquité.

Lefranc transpose une partie de cette culture du récit d’aventure dans un univers contemporain.

Des séries comme Petzi rejoignent également le catalogue.

La maison commence ainsi à construire un patrimoine qui ne dépend plus d’une seule œuvre, même si Tintin reste son titre le plus emblématique.

1954 : Martine devient l’autre phénomène international

En 1954, Casterman publie les premières aventures de Martine, créées par Gilbert Delahaye au texte et Marcel Marlier à l’illustration.

Le personnage évolue dans un registre totalement différent de Tintin.

Les albums mettent en scène la vie quotidienne, l’enfance, les loisirs, la famille, les voyages ou les animaux à travers les illustrations particulièrement détaillées de Marcel Marlier.

La série devient un succès international considérable.

Elle est traduite dans de nombreuses langues et publiée dans des dizaines de pays.

Casterman possède désormais deux phénomènes éditoriaux capables de toucher des générations de lecteurs très différentes : l’aventure avec Tintin et le livre jeunesse illustré avec Martine.

Les années 1970 : ouvrir le catalogue à une bande dessinée adulte

À partir des années 1970, Casterman entreprend une nouvelle transformation.

La bande dessinée franco-belge évolue.

Une partie des auteurs et des lecteurs ne veut plus être limitée à des récits destinés principalement aux enfants ou adolescents.

Casterman commence alors à accueillir des œuvres plus adultes, plus longues et parfois beaucoup plus personnelles.

Hugo Pratt joue un rôle déterminant dans cette évolution.

Son personnage Corto Maltese, marin voyageur évoluant entre aventure, histoire, politique et mythologie, apporte au catalogue une approche du récit très différente de la série classique.

Le rapport au temps, aux dialogues, aux silences et aux références historiques prend une importance particulière.

Casterman trouve ainsi l’un des auteurs autour desquels peut se construire une nouvelle identité éditoriale.

1976 : Jacques Tardi et Adèle Blanc-Sec

En 1976, Casterman publie Adèle et la Bête, premier album des Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec de Jacques Tardi.

La série se déroule principalement dans le Paris du début du XXe siècle.

Tardi y mélange aventure, fantastique, satire, feuilleton populaire, science et reconstitution historique.

Adèle Blanc-Sec devient l’une des créations les plus identifiables de l’auteur.

La relation entre Tardi et Casterman dépassera largement cette seule série.

L’auteur publiera chez la maison de nombreux récits, adaptations et ouvrages portant notamment sur la guerre, la société française ou l’œuvre de Léo Malet.

Il devient l’un des auteurs essentiels du renouvellement éditorial qui se prépare.

1978 : (À suivre) change l’échelle de la bande dessinée adulte

En 1978, Casterman lance le mensuel (À suivre).

La revue est dirigée par Jean-Paul Mougin.

Son ambition est claire : créer un espace dans lequel la bande dessinée peut développer des récits longs, sans être enfermée dans le format traditionnel de l’album ni dans les codes de la série jeunesse.

Dès les premiers numéros, Jacques Tardi et Hugo Pratt occupent une place centrale.

Autour d’eux apparaissent ou se développent également Didier Comès, François Schuiten, Benoît Peeters, François Boucq, Benoît Sokal, José Muñoz, Carlos Sampayo, Jean-Claude Forest, Loustal et de nombreux autres auteurs.

Le magazine devient l’un des principaux lieux de la bande dessinée adulte francophone.

Faire entrer le roman dans la bande dessinée

Le projet de (À suivre) ne consiste pas seulement à proposer davantage de pages.

La revue défend une conception de la bande dessinée capable de rejoindre le souffle et la liberté narrative du roman.

Les auteurs peuvent développer des récits plus longs, des personnages moins héroïques, des univers ambigus et des sujets politiques, historiques ou intimes.

Cette évolution participe directement à la formation de ce que l’on appellera progressivement le roman graphique, même si le terme et les traditions éditoriales qui lui sont associées ne se réduisent évidemment pas à Casterman.

Pendant dix-neuf années, jusqu’en 1997, (À suivre) accompagne une partie importante de la transformation de la bande dessinée européenne.

1983 : Les Cités obscures développent un autre type d’univers

En 1983, François Schuiten et Benoît Peeters publient Les Murailles de Samaris, première grande entrée des Cités obscures.

La série construit progressivement un univers parallèle composé de villes possédant chacune leur architecture, leur histoire et leur organisation.

Les albums ne fonctionnent pas simplement comme les épisodes successifs d’une aventure traditionnelle.

Ils peuvent changer de personnage, de lieu, de forme graphique et parfois même de support.

Architecture, urbanisme, utopie, politique et rapport entre réalité et fiction deviennent des éléments centraux.

Les Cités obscures illustrent parfaitement une partie de l’héritage de (À suivre) : permettre à des auteurs de construire des œuvres dont la forme évolue avec le projet.

Ernest et Célestine : une autre conception de la jeunesse

Dans les années 1980, Casterman accueille également Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent.

La série met en scène un ours et une petite souris à travers des histoires centrées sur l’affection, les difficultés quotidiennes, la confiance et la relation entre les deux personnages.

Les aquarelles de Gabrielle Vincent donnent aux albums une identité très différente des illustrations extrêmement précises de Martine.

Cette coexistence illustre la largeur du catalogue jeunesse.

Casterman peut conserver un personnage patrimonial comme Martine tout en publiant des œuvres reposant sur une sensibilité graphique beaucoup plus libre.

Ernest et Célestine devient à son tour une œuvre internationale, adaptée notamment au cinéma et à la télévision.

1997 : la fin de (À suivre)

En 1997, (À suivre) cesse de paraître après 239 numéros.

Le marché de la bande dessinée a profondément changé depuis 1978.

Le modèle des grandes revues de prépublication perd progressivement son importance au profit de la publication directe en albums et en livres.

La disparition du magazine ne signifie cependant pas la fin de son influence.

Une grande partie des auteurs et des principes qu’il a contribué à installer reste présente dans le catalogue Casterman.

La maison possède désormais une forte identité dans la bande dessinée d’auteur et le récit long, parallèlement à ses grandes séries patrimoniales.

1999 : Casterman rejoint Flammarion

À la fin des années 1990, l’entreprise familiale connaît une transformation structurelle majeure.

Les activités d’édition et d’imprimerie sont séparées.

En 1999, le groupe français Flammarion acquiert Casterman Édition.

L’imprimerie reste alors séparée de l’activité éditoriale.

Cette opération met fin à plus de deux siècles de contrôle familial direct sur la maison d’édition.

Casterman conserve néanmoins son nom, son catalogue et son identité belge.

Son activité éditoriale se poursuit notamment depuis Bruxelles et Paris.

Le manga entre progressivement chez Casterman

Casterman commence à publier des mangas dans les années 1990.

Son approche diffère cependant de celle des maisons qui construisent alors leur développement principalement autour des grands shōnen populaires.

L’éditeur s’intéresse notamment à des auteurs dont les œuvres peuvent dialoguer avec son catalogue de roman graphique.

Jirô Taniguchi devient particulièrement important.

Casterman publie plusieurs de ses œuvres et contribue à faire connaître son travail à un public qui ne se considère pas nécessairement comme lecteur de manga.

Quartier lointain, publié en français en 2002 dans la collection Écritures, devient l’un des titres les plus emblématiques de cette rencontre entre manga et bande dessinée d’auteur européenne.

2004 : Sakka structure l’activité manga

En 2004, Casterman lance Sakka.

Le nom signifie « auteur » en japonais.

La collection, initialement dirigée par Frédéric Boilet, cherche particulièrement à publier des mangas destinés à un public adulte et des œuvres éloignées des séries les plus formatées du marché.

Parmi ses premiers auteurs figurent notamment Satoshi Kon, Kiriko Nananan, Kan Takahama ou Daisuke Igarashi.

Le catalogue évolue ensuite et s’ouvre à des séries plus directement grand public.

Skip Beat! figure par exemple toujours parmi les séries publiées sous la bannière Sakka.

Casterman conserve néanmoins une approche du manga où l’auteur, la diversité graphique et le soin éditorial occupent une place importante.

2012 : l’acquisition de Flammarion fait entrer Casterman chez Gallimard

En 2012, le groupe Gallimard rachète Flammarion.

Casterman fait partie des maisons intégrées à l’opération.

La maison rejoint ainsi l’ensemble éditorial qui prend la forme du groupe Madrigall.

Cette nouvelle organisation change la propriété de l’entreprise mais ne transforme pas Casterman en collection de Gallimard.

La marque et la maison restent distinctes.

Casterman conserve ses propres équipes éditoriales, auteurs, séries et orientations.

Casterman aujourd’hui

En 2026, Casterman reste une maison active du groupe Madrigall.

Le groupe la présente comme l’une de ses maisons à part entière, séparément de Gallimard, Flammarion, J’ai Lu ou Sarbacane.

La société Éditions Casterman S.A. possède toujours son siège en Belgique, à Bruxelles.

Le catalogue actuel continue à fonctionner autour de deux grands ensembles particulièrement visibles : bande dessinée et jeunesse.

Le fonds patrimonial reste considérable.

Tintin, Corto Maltese, Alix, Adèle Blanc-Sec, Les Cités obscures, les œuvres de Tardi et de nombreux autres titres continuent à être diffusés, réédités ou prolongés.

La jeunesse conserve Martine, Ernest et Célestine ainsi que de nombreuses autres séries et créations.

Le manga reste présent à travers Sakka.

Casterman publie également de nouvelles bandes dessinées et des romans graphiques contemporains, prolongeant une politique qui consiste moins à défendre un genre unique qu’à faire coexister des œuvres possédant des traditions très différentes.

Ce qui la distingue

Une histoire éditoriale antérieure de plus d’un siècle à la bande dessinée

Casterman possède une particularité presque impossible à reproduire pour un éditeur moderne : son histoire commence bien avant l’apparition du médium auquel son nom est aujourd’hui principalement associé.

Entre la librairie de Donat Casterman et les premières publications de Tintin s’écoule plus d’un siècle et demi.

La maison traverse successivement livre religieux, édition scolaire, jeunesse, imprimerie industrielle puis bande dessinée.

Cette durée explique l’importance du fonds et de la transmission éditoriale dans son identité.

Casterman n’est pas née pour exploiter un marché de la bande dessinée déjà constitué.

Elle s’est transformée avec lui.

Avoir participé à la fixation de l’album franco-belge moderne

La relation avec Hergé dépasse le simple fait de publier une série à succès.

Le travail mené autour des albums de Tintin participe à la diffusion d’un format qui deviendra emblématique de la bande dessinée franco-belge.

Couleur, album cartonné, pagination normalisée et diffusion internationale créent un modèle extrêmement influent.

Casterman se trouve donc directement associé à une phase durant laquelle la bande dessinée passe de la presse et des premières éditions en albums à une industrie éditoriale structurée autour de collections durables.

Avoir connu plusieurs révolutions éditoriales sans effacer les précédentes

L’histoire de Casterman ne repose pas sur une seule transformation.

Tintin développe l’album d’aventure.

Martine installe durablement la maison dans la jeunesse.

Corto Maltese et Tardi ouvrent un territoire plus adulte.

(À suivre) transforme le rapport au récit long.

Écritures et les romans graphiques prolongent cette orientation.

Taniguchi et Sakka ouvrent davantage le catalogue vers le manga.

Chaque nouveau territoire s’ajoute au précédent plutôt que de le remplacer entièrement.

Cette superposition explique la diversité inhabituelle du catalogue actuel.

Avoir fait de la bande dessinée adulte un projet éditorial structuré

Avec (À suivre), Casterman ne se contente pas d’accueillir ponctuellement des albums destinés aux adultes.

La maison crée un espace régulier, identifiable et construit autour d’une véritable ambition éditoriale.

Tardi, Pratt, Comès, Schuiten, Peeters, Sokal, Boucq et d’autres peuvent y développer des récits qui nécessitent davantage d’espace et de liberté.

La revue contribue ainsi à déplacer les frontières entre série, feuilleton, roman et bande dessinée.

Son influence dépasse largement les titres qui restent aujourd’hui au catalogue Casterman.

Maintenir des relations longues avec des auteurs et des univers

Casterman possède plusieurs exemples de relations éditoriales qui s’étendent sur plusieurs décennies.

Hergé et Tintin constituent évidemment le cas le plus célèbre.

Mais Jacques Martin, Hugo Pratt, Jacques Tardi, François Schuiten et Benoît Peeters, Gabrielle Vincent ou Jirô Taniguchi montrent différentes manières de construire un catalogue autour d’œuvres personnelles.

Cette durée permet à la maison de travailler non seulement sur les nouveautés mais aussi sur rééditions, intégrales, restauration des fonds et transmission à de nouveaux lecteurs.

Faire cohabiter patrimoine et création sans les confondre

Le poids de Tintin pourrait transformer Casterman en simple gestionnaire de patrimoine.

Ce n’est pas le fonctionnement de la maison.

Le catalogue historique demeure essentiel, mais il côtoie de nouvelles bandes dessinées, des œuvres jeunesse contemporaines et du manga.

L’enjeu est donc double.

Casterman doit préserver des œuvres dont certaines ont près d’un siècle tout en continuant à fonctionner comme éditeur de création.

Cette coexistence distingue un fonds vivant d’un simple catalogue d’archives.

Relier bande dessinée européenne et manga par une logique d’auteur

L’approche de Casterman vis-à-vis du manga s’est historiquement développée de manière assez cohérente avec sa tradition de bande dessinée adulte.

Les œuvres de Jirô Taniguchi peuvent être lues par un public venant aussi bien du manga que du roman graphique européen.

La collection Sakka est ensuite créée avec une volonté similaire de mettre en avant des auteurs et des œuvres parfois éloignés des productions japonaises les plus commerciales.

Le catalogue s’est depuis élargi, mais cette origine explique pourquoi le manga chez Casterman ne constitue pas simplement un département ajouté au reste de la maison.

Il prolonge une réflexion plus ancienne sur les formes du récit dessiné.

Rester une maison belge au sein d’un groupe français

Casterman appartient aujourd’hui à Madrigall, mais son identité historique et juridique reste belge.

La maison est née à Tournai.

Son histoire industrielle est profondément liée à la ville.

La société actuelle conserve son siège à Bruxelles.

Son intégration successive à Flammarion puis au groupe Gallimard ne supprime donc pas cette origine.

Pour PANACHES CULTURE, la hiérarchie doit rester précise : Casterman est la maison éditrice ; Madrigall est le groupe auquel elle appartient.

Une œuvre Gallimard, Flammarion ou J’ai Lu ne doit pas être rattachée à Casterman, et inversement.

À savoir

  • Casterman trouve son origine à Tournai, où Donat Casterman obtient en 1777 l’autorisation d’ouvrir une librairie ; 1780 est traditionnellement retenu comme date de fondation de l’activité d’édition et d’imprimerie.
  • La maison est donc belge, même si son développement historique et commercial possède depuis longtemps une forte dimension française.
  • Casterman devient l’éditeur en albums des Aventures de Tintin en 1934, avec Les Cigares du Pharaon, puis accompagne la transformation des premiers albums vers leurs éditions couleur.
  • Martine, créée par Gilbert Delahaye et Marcel Marlier, est publiée par Casterman depuis 1954 et devient l’un des grands succès internationaux de son catalogue jeunesse.
  • Jacques Tardi publie le premier album d’Adèle Blanc-Sec chez Casterman en 1976 et devient l’un des auteurs majeurs de la maison.
  • Casterman lance (À suivre) en 1978 ; la revue accueille notamment Hugo Pratt, Tardi, Comès, Schuiten, Peeters, Boucq et Sokal et marque profondément la bande dessinée adulte jusqu’à son arrêt en 1997.
  • Corto Maltese, Alix, Les Cités obscures, Adèle Blanc-Sec et de nombreuses œuvres de Tardi font partie des grands ensembles patrimoniaux encore associés à la maison.
  • La jeunesse Casterman comprend également Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent, parallèlement à Martine et à de nombreuses créations plus récentes.
  • Casterman publie des mangas depuis les années 1990 et lance en 2004 la collection Sakka, initialement pensée autour du manga d’auteur et d’un lectorat adulte.
  • Quartier lointain de Jirô Taniguchi est publié chez Casterman en 2002 dans la collection Écritures et devient l’un des exemples majeurs du dialogue entre manga et roman graphique dans son catalogue.
  • Flammarion acquiert l’activité éditoriale de Casterman en 1999 ; le rachat du groupe Flammarion par Gallimard en 2012 fait ensuite entrer Casterman dans l’ensemble aujourd’hui constitué par Madrigall.
  • En 2026, Casterman demeure une maison d’édition distincte et active au sein de Madrigall, avec un siège en Belgique et des catalogues consacrés notamment à la bande dessinée, à la jeunesse et au manga.