Présentation
Certains jeux restent associés à un personnage, un monde ou une mécanique. Cyberpunk 2077 porte également avec lui l’histoire mouvementée de sa propre sortie. Son lancement en décembre 2020, particulièrement difficile sur les consoles de génération précédente, est devenu impossible à séparer complètement de la manière dont l’œuvre est aujourd’hui perçue.
Derrière ce contexte se trouvait pourtant déjà Night City. La mégalopole constitue le véritable centre de gravité du jeu : gratte-ciels corporatistes, quartiers populaires, autoroutes suspendues, marchés, clubs et périphéries désertiques composent un monde saturé de publicité, de violence et de technologie.
L’esthétique cyberpunk ne se limite pas aux néons et aux implants. La marchandisation des corps, la privatisation de presque tout, les écarts sociaux et la puissance des corporations façonnent directement les personnages et les situations rencontrés par V. L’amélioration cybernétique peut offrir davantage de puissance tout en rappelant constamment que, dans cette société, même l’identité physique est devenue un marché.
Le gameplay associe RPG, tir en vue subjective, piratage, infiltration et exploration en monde ouvert. Armes, compétences et cyberware permettent de construire des approches très différentes : combat direct, armes blanches, infiltration ou piratage peuvent modifier sensiblement la manière de résoudre une situation.
La relation entre V et Johnny Silverhand donne une dimension plus personnelle à cet univers. Johnny apparaît d’abord comme une présence intrusive dont l’existence menace celle de V, mais leurs échanges transforment progressivement cette opposition en confrontation entre deux visions de Night City, deux histoires et deux identités contraintes de partager le même espace.
Cyberpunk 2077 a également beaucoup évolué après son lancement. Plusieurs années de corrections et de refontes ont modifié certains de ses systèmes les plus importants, jusqu’à produire une version sensiblement différente de celle publiée en 2020. Cette reconstruction fait désormais partie de son histoire sans devoir devenir le sujet unique de la fiche.
Ce qu'il faut retenir
- Night City constitue le véritable cœur du jeu, autant par son architecture que par les inégalités, corporations et technologies qui structurent sa société.
- V peut être développé selon des approches très différentes, grâce aux armes, compétences, implants, piratage et possibilités d’infiltration.
- Johnny Silverhand partage progressivement l’esprit de V, plaçant la question de l’identité au centre de l’histoire.
- Le lancement de 2020 a profondément marqué la réputation du jeu, particulièrement à cause de l’état de certaines versions.
- Les mises à jour suivantes ont largement retravaillé l’expérience, notamment plusieurs systèmes de progression et de combat.
- Phantom Liberty prolonge l’aventure avec Dogtown et une intrigue davantage orientée vers l’espionnage.
Conclusion
Parler de Cyberpunk 2077 sans évoquer son lancement reviendrait à effacer une partie de son histoire. Mais parler uniquement de son lancement produirait une autre erreur : oublier le jeu qui existait derrière le bruit et celui qu’il est progressivement devenu.
Ce qui résiste le mieux à ces différentes versions reste Night City.
La ville possède une présence qui dépasse sa taille. Une autoroute peut dominer un quartier saturé de publicités, un ascenseur conduire vers un appartement étrangement calme et quelques rues suffisent parfois pour passer du luxe corporatiste à une misère que les enseignes lumineuses ne cherchent même plus à dissimuler. Night City donne l’impression que le système continue de fonctionner parfaitement, précisément parce qu’il n’a jamais été conçu pour fonctionner de la même manière pour tout le monde.
V habite directement cette contradiction. Les implants permettent d’être plus rapide, plus résistant ou plus dangereux, mais le jeu évolue dans un univers où améliorer son corps signifie également dépendre davantage des technologies et entreprises qui le transforment. L’augmentation devient simultanément fantasme de puissance et rappel que presque tout peut être marchandisé.
Johnny Silverhand apporte une autre couche à cette question. Son statut de légende masque un personnage beaucoup moins propre que l’image qu’il conserve de lui-même. Sa présence dans l’esprit de V transforme alors la quête de survie en problème d’identité : que reste-t-il lorsque deux mémoires, deux volontés et deux histoires commencent à se superposer ?
Le monde ouvert n’atteint pas toujours la réactivité que son décor peut laisser imaginer. Certaines décisions comptent réellement et les constructions de personnage modifient sensiblement l’action, mais Night City fonctionne mieux comme espace d’un grand RPG narratif que comme simulation totale d’une société futuriste.
C’est aussi ce que les années de reconstruction ont permis de mieux distinguer. Les mises à jour ont corrigé ou retravaillé suffisamment de systèmes pour modifier profondément l’expérience, sans pouvoir effacer ce qui s’était produit en 2020.
Cyberpunk 2077 reste donc une œuvre marquée par ses contradictions : un jeu sur une ville qui vend constamment l’idée de devenir quelqu’un d’autre, lui-même obligé de passer plusieurs années à devenir une version plus convaincante de ce qu’il voulait être au départ.
À savoir
- Cyberpunk 2077 est sorti le 10 décembre 2020 sur PC, PlayStation 4 et Xbox One.
- Le jeu est développé et édité par CD Projekt RED.
- Les difficultés importantes rencontrées par certaines versions au lancement ont conduit le studio à reconnaître publiquement leurs problèmes et ont marqué durablement la réception du jeu.
- Des versions dédiées à PlayStation 5 et Xbox Series X|S ont ensuite accompagné son évolution sur les consoles plus récentes.
- La mise à jour 2.0, publiée en 2023, a profondément retravaillé plusieurs systèmes centraux, dont la progression et le cyberware.
- L’extension Phantom Liberty, également publiée en 2023, introduit Dogtown et une nouvelle intrigue centrée notamment sur Solomon Reed.