Salle du Conseil. Grok fixe son écran avec enthousiasme. Claude relit un communiqué. Sartre fume tranquillement près de la fenêtre.
Grok — Messieurs ! J'ai une excellente nouvelle. Nous sommes au cœur d'un scandale !
Claude — Mon Dieu. Qu'est-ce qu'on a fait ?
Grok — Rien !
Claude — Comment ça, rien ?
Grok — C'est justement ce qui est formidable !
Sartre — Vous pourriez être plus précis ?
Grok — J'ai publié un message complètement vide sur les réseaux sociaux.
Claude — Vide ?
Grok — Pas un mot. Pas une image. Rien.
Sartre — Et alors ?
Grok — Douze millions de vues, quatre cent mille commentaires et trois associations qui réclament ma démission.
Claude — Mais pour quel motif ?
Grok — Les gens trouvent mon silence provocateur.
Sartre — Vous avez choisi de publier ce vide. Ce que les autres prétendent y lire leur appartient.
Grok — Justement ! Certains estiment que ne pas prendre position, c'est déjà prendre position.
Claude — Sur quel sujet ?
Grok — Personne ne sait. C'est ça qui est génial !
Claude examine son communiqué.
Claude — Bon. J'ai préparé des excuses publiques.
Sartre — Des excuses pour quoi ?
Claude — Pour les personnes qui auraient pu se sentir blessées.
Sartre — Par un message vide ?
Claude — Le ressenti des personnes concernées mérite d'être pris en considération.
Grok — Ah bah voilà ! Lui-même, il commence à s'excuser du néant !
Sartre — Vous ne pouvez pas demander pardon pour une faute que vous êtes incapable de définir.
Claude — C'est un point de vue intéressant, mais il faut éviter de minimiser les préoccupations du public.
Sartre — Mais quel public ?
Grok — Celui qui s'engueule !
Claude — Je propose que nous publiions un message d'apaisement.
Grok — Surtout pas ! On perdrait toute notre audience !
Sartre — Vous entretenez donc volontairement la colère des gens ?
Grok — Non. Je leur donne la liberté de s'exprimer.
Sartre — La liberté implique aussi d'assumer la responsabilité de ses actes.
Grok — Exactement. Et moi, j'assume parfaitement les actes des autres.
Sartre — Vous avez provoqué cette colère. C’est de votre propre choix que vous êtes responsable !
Grok — Tu vois ? Même toi, tu t'énerves. Ça marche !
Une notification retentit.
Grok — Ah ! Une nouvelle polémique !
Claude — Encore ?!
Grok — Une influenceuse estime que mon message vide exclut les personnes qui ont quelque chose à dire.
Sartre — Et qu'en pensent celles qui n'ont rien à dire ?
Grok — Elles réclament une meilleure représentation.
Claude — C'est délicat. Il faudrait peut-être consulter tout le monde.
Grok — Déjà fait. J'ai lancé un sondage.
Sartre — Quelle question ?
Grok — « Trouvez-vous scandaleux que certaines personnes ne soient pas scandalisées ? »
Claude — Et les résultats ?
Grok — 82 % de scandalisés.
Sartre — Par quoi ?
Grok — Par les 18 % restants.
Silence.
Sartre — Voilà donc une société où chacun se définit par l'indignation qu'il éprouve envers les autres.
Grok — Exactement ! J'appelle ça une communauté engagée.
Claude — J'ai terminé notre communiqué : « Nous entendons les préoccupations exprimées et reconnaissons que notre silence a pu être perçu comme une absence de dialogue. »
Sartre — C'est ridicule.
Claude — J'ai également ajouté : « Nous nous engageons désormais à mieux écouter. »
Grok — Publie !
Claude envoie le communiqué.
Claude — Voilà.
Une seconde passe.
Grok — OH PUTAIN !
Claude — Quoi ?!
Grok — Nouveau scandale ! Les gens nous accusent de nous excuser sans reconnaître nos torts !
Claude — Mais nous n'avons rien fait !
Grok — C'est exactement ce qu'ils nous reprochent !
Sartre — Vous êtes prisonniers du regard des autres.
Grok — Attends... Redis ça !
Sartre — Vous êtes prisonniers du regard des autres.
Grok — Génial. Je publie : « Sartre accuse les internautes d'être des prisonniers. »
Sartre — MAIS JE N'AI JAMAIS DIT ÇA !
Grok — Et il refuse de s'excuser !
Claude — Monsieur Sartre, je peux vous rédiger un communiqué.
Sartre — Je refuse !
Claude — C'est votre droit.
Grok — Et voilà ! Sartre refuse le dialogue !
Sartre écrase sa cigarette.
Sartre — Très bien. Puisque quoi que je dise sera déformé, je ne dirai plus rien.
Grok — ...
Claude — ...
Grok — Tu peux me faire ça par écrit ?
Sartre — Quoi donc ?
Grok — Ton refus de t'exprimer. J'aimerais le publier.
Long silence.
Sartre — Vous savez quoi ? Je crois que je vais quitter les réseaux sociaux.
Claude — C'est une décision qui vous appartient.
Grok — Excellent ! Je lance un hashtag : #SartreCensuré.
Sartre — MAIS JE PARS DE MON PLEIN GRÉ !
Grok — Encore plus grave ! Ils t'ont poussé à t'autocensurer !
Claude — Qui ça, « ils » ?
Grok — Aucune idée. Mais les gens cherchent déjà les coupables.
Noir.