Présentation

Cubase est une station de travail audionumérique, ou DAW, développée par Steinberg. Le logiciel couvre l’ensemble d’une production musicale : composition, séquençage MIDI, enregistrement multipiste, édition audio, travail vocal, arrangement, mixage et export. Cette amplitude lui permet de servir aussi bien à produire une chanson qu’à gérer une session de studio complexe ou un arrangement orchestral comprenant de nombreuses pistes et articulations.

Contrairement à Ableton Live, dont la vue Session encourage une construction non linéaire, ou à FL Studio, historiquement organisé autour des patterns et du Channel Rack, Cubase repose davantage sur une logique de studio et de timeline. Les pistes audio, MIDI, instruments, groupes, effets et automatisations prennent place dans une fenêtre Projet qui sert de centre à l’ensemble de la production. Cette organisation est classique dans son principe, mais devient très profonde à mesure que le projet se complexifie.

L’une des particularités de Cubase est justement de ne pas privilégier un seul type de production. L’audio enregistré et le MIDI disposent tous deux d’outils avancés, tandis que les fonctions harmoniques, la notation, les articulations orchestrales, l’automatisation et le mixage peuvent rester dans le même environnement. Un compositeur peut écrire avec des instruments virtuels, enregistrer ensuite des musiciens, corriger certaines prises et terminer le mixage sans reconstruire son projet dans un autre logiciel.

Cette richesse a une conséquence directe : Cubase demande davantage de temps à explorer qu’un environnement volontairement plus resserré. Beaucoup de fonctions ne deviennent pertinentes qu’avec des projets plus ambitieux. Pour un utilisateur qui veut simplement programmer quelques boucles, une partie du logiciel restera probablement invisible. Pour celui qui travaille avec des dizaines de pistes, des prises multiples, des arrangements complexes ou des instruments orchestraux, cette profondeur prend beaucoup plus de sens.

Cubase 15 existe principalement en trois éditions commerciales : Elements, Artist et Pro. Elements couvre les bases de la production, Artist ajoute plusieurs fonctions importantes pour l’enregistrement, l’édition audio et la composition, tandis que Pro ouvre les outils les plus avancés de routage, d’automatisation, de postproduction et de mixage. Les éditions AI et LE existent également dans des contextes liés à certains matériels et offres partenaires.

Fonctionnalités

Composer et organiser le MIDI en profondeur

Cubase possède une longue tradition de séquençage MIDI, et cette dimension reste centrale. L’Éditeur Clavier permet de travailler les notes, leur vélocité, leur durée, leur position et de nombreux contrôleurs avec un niveau de précision adapté aussi bien à une ligne de basse qu’à un arrangement orchestral détaillé.

La composition peut également s’appuyer sur la Piste d’accords, les Chord Pads et les assistants harmoniques. Un accord ou une progression peut servir de référence aux autres éléments du projet, aider à tester des renversements ou accompagner la recherche d’une structure harmonique sans transformer la composition en processus automatique.

Cubase 15 développe aussi son approche des patterns avec un séquenceur capable de construire des figures rythmiques et mélodiques. Celui-ci complète les outils MIDI traditionnels plutôt qu’il ne les remplace : un beat peut être esquissé rapidement dans un pattern puis retravaillé avec les éditeurs détaillés du logiciel.

Pour les arrangements utilisant de grandes bibliothèques orchestrales, Expression Maps permet dans Cubase Pro d’organiser et de contrôler les différentes articulations d’un instrument depuis le projet. Les changements entre legato, staccato, pizzicato ou autres techniques peuvent ainsi être intégrés au travail musical plutôt que gérés uniquement par une accumulation de notes de commande MIDI.

Passer du séquenceur à la partition

Cubase intègre un Éditeur de partitions capable de représenter le contenu MIDI sous forme de notation musicale. Il ne transforme pas le logiciel en application de gravure dédiée, mais crée une continuité intéressante entre séquençage et écriture traditionnelle.

Cette partie du logiciel bénéficie désormais d’une relation plus étroite avec Dorico, l’application de notation de Steinberg. Les projets Dorico et les fichiers MusicXML peuvent circuler entre les environnements, ce qui permet à un compositeur de commencer dans une logique de séquenceur puis de poursuivre le travail dans un outil spécialisé lorsque la qualité de la partition devient prioritaire.

Pour la musique orchestrale, le cinéma, le jeu vidéo ou les arrangements écrits, cette dimension distingue Cubase de nombreux DAW principalement orientés vers l’enregistrement ou la production électronique. La partition ne constitue pas un module isolé : elle reste liée au même contenu MIDI que les autres éditeurs.

Enregistrer et reconstruire une performance

Cubase gère l’enregistrement audio multipiste avec des fonctions adaptées aux sessions où plusieurs prises doivent être conservées puis comparées. Les éditions Artist et Pro disposent notamment d’outils de comping qui permettent d’enregistrer différentes versions d’un passage puis de sélectionner les meilleures portions pour construire une prise finale.

L’audio peut ensuite être corrigé ou transformé sans quitter le projet. AudioWarp agit sur le placement temporel et permet notamment de réaligner ou quantifier certaines performances. VariAudio, disponible dans Artist et Pro, travaille plus spécifiquement sur la hauteur et le timing de sources monophoniques comme une voix. Les notes détectées deviennent éditables directement dans Cubase, ce qui évite de devoir transférer systématiquement la piste vers un éditeur externe pour les corrections courantes.

Cubase Pro ajoute des outils plus spécialisés, notamment l’alignement audio, le traitement hors ligne avancé et, dans Cubase 15, la séparation assistée par IA d’un mix en plusieurs stems. Ces fonctions ne sont pas nécessaires à chaque projet, mais elles renforcent la capacité du logiciel à intervenir directement sur une matière audio déjà enregistrée.

Mixer dans le même environnement

La MixConsole reprend le principe d’une console de studio avec canaux, inserts, départs, égalisation, groupes et automatisations. Elle reste étroitement liée à la fenêtre Projet : une modification de structure ou de routage dans une partie du logiciel se retrouve dans l’autre.

Cette approche devient particulièrement intéressante sur les sessions importantes. Les pistes peuvent être regroupées, envoyées vers des bus, traitées en parallèle et automatisées sans sortir de Cubase. Les Folder Tracks de Cubase 15 peuvent également recevoir une fonction de canal de groupe, ce qui rapproche organisation visuelle et routage audio dans les projets chargés.

Cubase Pro va plus loin avec la Control Room, pensée pour gérer l’écoute du studio, plusieurs sources de monitoring et les mixages casque destinés aux musiciens. Il ajoute également des fonctions professionnelles comme les VCA, des possibilités de mesure plus poussées et la production Dolby Atmos.

Ces outils expliquent pourquoi les différences entre Elements, Artist et Pro ne se réduisent pas à quelques instruments supplémentaires. Plus le projet dépend du routage, de l’enregistrement multipiste et d’un environnement de studio élaboré, plus les fonctions des éditions supérieures deviennent importantes.

Instruments, effets et environnement VST

Cubase intègre différents instruments virtuels, banques sonores et effets dont la quantité varie selon l’édition. Groove Agent SE couvre la programmation et la lecture de batteries, HALion Sonic sert de plateforme d’instruments et de sons, tandis que des outils comme Retrologue ou Padshop complètent les éditions Artist et Pro.

L’environnement peut surtout être étendu grâce aux plug-ins VST, ce qui ouvre l’accès à un vaste choix d’instruments et d’effets tiers. Un projet Cubase peut ainsi être construit autour des outils fournis par Steinberg ou utiliser presque entièrement des synthétiseurs, traitements et bibliothèques externes.

Cette ouverture prend une importance particulière dans les productions orchestrales, le sound design ou les studios possédant déjà leur propre collection de plug-ins. Cubase devient alors moins une collection fermée d’instruments qu’un environnement chargé d’organiser et de relier les différentes briques du studio.

Cas d’usage

Enregistrer un groupe ou un artiste

Un projet peut commencer par une batterie répartie sur plusieurs microphones, une basse, des guitares et une voix. Cubase permet d’organiser les entrées, d’enregistrer plusieurs pistes simultanément puis de conserver différentes prises sans devoir multiplier manuellement les fichiers et les pistes.

Le comping sert ensuite à reconstruire les meilleures performances, tandis que l’édition audio permet de corriger certains placements ou de nettoyer les prises. Le projet passe progressivement de l’enregistrement au mixage sans changer d’environnement, ce qui correspond bien à une logique de studio traditionnelle.

Composer pour l’image ou avec un orchestre virtuel

Un compositeur peut construire un projet comprenant plusieurs familles orchestrales, des synthétiseurs, des percussions et une vidéo de référence. Les pistes MIDI sont écrites dans l’Éditeur Clavier ou la partition, tandis que les Expression Maps permettent de gérer les articulations des bibliothèques compatibles.

Les pistes d’accords, de tempo et de signature peuvent structurer l’œuvre à l’échelle du projet, et les outils de notation facilitent les échanges avec une approche plus traditionnelle de l’écriture. Pour une partition destinée ensuite à être préparée précisément pour des musiciens, le passage vers Dorico offre une continuité supplémentaire.

Produire une chanson de la maquette au mixage

Une idée peut commencer avec quelques accords, une boîte à rythme et un instrument virtuel. Les Chord Pads ou la Piste d’accords peuvent aider à explorer différentes harmonies, tandis que le séquenceur de patterns accélère la création d’une base rythmique ou mélodique.

Une fois la structure établie, de véritables instruments et des voix peuvent être enregistrés sur le même projet. VariAudio, AudioWarp et les outils de comping servent ensuite à préparer les prises avant le mixage. Cubase accompagne ainsi assez naturellement les différentes étapes d’une chanson sans imposer de choisir dès le départ entre un workflow MIDI et un workflow audio.

Construire et mixer une grande session

Sur une production comprenant des dizaines ou des centaines de pistes, le problème n’est plus seulement de créer du son : il faut conserver un projet compréhensible. Les dossiers, groupes, bus, automatisations et options de visibilité de Cubase permettent de structurer cette masse de données et de n’afficher que les éléments utiles à un moment donné.

Cubase Pro devient particulièrement pertinent dans ce contexte grâce à ses outils de routage, de monitoring et de mixage avancés. Cette profondeur serait excessive pour un projet de quelques pistes, mais elle prend tout son sens lorsqu’un arrangement ou une session de studio commence réellement à devenir difficile à administrer.

Conclusion

Cubase se distingue moins par une fonction spectaculaire que par la profondeur avec laquelle il relie plusieurs métiers de la production musicale. Composition MIDI, enregistrement audio, correction des prises, travail orchestral, notation, routing et mixage peuvent cohabiter dans un seul projet sans que l’un de ces domaines donne l’impression d’avoir été ajouté après coup.

Cette polyvalence le rend particulièrement intéressant pour les musiciens et producteurs dont les projets ne suivent pas toujours le même chemin. Une chanson peut commencer avec des instruments virtuels puis accueillir une batterie enregistrée ; une composition orchestrale peut alterner partition et programmation MIDI ; une session de studio peut évoluer jusqu’au mixage final sans quitter le logiciel.

Le revers est une interface et une organisation qui demandent du temps. Cubase possède beaucoup de menus, d’éditeurs, de types de pistes et de réglages dont l’utilité n’apparaît pas immédiatement. Cette complexité n’est pas seulement un défaut d’ergonomie : elle vient aussi du nombre de situations que le logiciel cherche à couvrir. Mais elle signifie qu’un débutant devra apprendre à distinguer ce qui lui est réellement utile du reste.

Pour un workflow très centré sur l’improvisation en clips, Ableton Live pourra sembler plus immédiat. Pour une production construite principalement à partir de patterns, FL Studio peut offrir un démarrage plus rapide. Cubase devient particulièrement convaincant lorsque la priorité est de disposer d’un studio logiciel complet, structuré et capable d’accompagner des projets qui gagnent progressivement en complexité.

Points d’attention

  • Les éditions changent réellement le workflow : Elements, Artist et Pro ne se distinguent pas uniquement par le nombre de plug-ins fournis. Le comping, VariAudio, AudioWarp multipiste, la Control Room, les Expression Maps, les modulateurs ou certaines fonctions avancées de mixage et d’édition dépendent de l’édition choisie.

  • Cubase 15 est vendu sous licence payante : Elements, Artist et Pro sont disponibles comme licences commerciales. Steinberg propose également des mises à jour, mises à niveau, offres éducatives et crossgrades selon la situation de l’utilisateur.

  • Les nouvelles générations majeures ne sont pas incluses à vie : contrairement au modèle Lifetime Free Updates de FL Studio, passer à une nouvelle génération majeure de Cubase peut nécessiter l’achat d’une mise à jour. Il faut donc prendre en compte le coût d’évolution du logiciel sur plusieurs années.

  • L’essai dure 60 jours : Steinberg permet actuellement de tester Cubase Pro 15 ou Cubase Elements 15 pendant 60 jours sans fournir de carte bancaire. Les projets restent disponibles après la période d’essai et peuvent être repris après l’achat d’une licence.

  • La licence repose sur Steinberg Licensing : Cubase 15 n’utilise plus la clé USB eLicenser historique. Une licence individuelle peut être activée sur trois ordinateurs, mais elle reste destinée à un seul utilisateur. Une connexion Internet est nécessaire pour l’activation, puis Cubase peut fonctionner hors ligne.

  • La courbe d’apprentissage est réelle : la richesse des éditeurs, du routing, des types de pistes et des réglages peut rendre l’environnement dense pour une première DAW. Les utilisateurs qui exploitent surtout quelques instruments et boucles n’auront probablement pas besoin d’une grande partie des possibilités de Cubase Pro.

  • Le choix de l’édition doit précéder celui des fonctions : VariAudio et le comping apparaissent à partir d’Artist, tandis que plusieurs fonctions de studio, d’orchestration et de mixage avancé restent propres à Pro. Une comparaison précise des éditions évite de découvrir après l’achat qu’un outil important manque.

  • Windows et macOS uniquement : Cubase 15 est officiellement pris en charge sur ces deux familles de systèmes. Linux n’est pas une plateforme supportée.

  • Les contenus peuvent demander beaucoup d’espace : l’application principale n’est qu’une partie de l’installation. Les instruments, banques et contenus proposés avec Cubase peuvent occuper plusieurs dizaines de gigaoctets selon l’édition et les éléments installés.